| LE
THEATRE DU CREVE-CŒUR
Le
21 février 1959, le Théâtre du Petit-Crève-Cœur
donnait sa première représentation. Je suis intimement
lié à cette aventure. Ma mère, Raymonde Gampert,
a créé le théâtre dans la cave de notre maison
familiale à Cologny.
Mère
de quatre enfants, passionnée d’écriture et de mise en
scène, elle se dit un jour qu’il serait bien pratique d’avoir
un théâtre " sous la main ". C’est
ainsi que l’ancien pressoir de la propriété, devenu cave
à légumes, est transformé en théâtre.
De 1959 à 1979, Cocteau, Tchekhov, Tardieu, Garcia Lorca, entre
autres, et aussi des musiciens, des poètes et des écrivains
(dont Louis Gaulis et Nicolas Bouvier), ainsi que la chanteuse Chilienne
Violeta Parra ont hanté les murs de ce théâtre pas
comme les autres, où l’accueil n’était pas un vain mot.
Devenu
violoncelliste, puis comédien, j’ai joué régulièrement
dans ce lieu magique de mon enfance, dont les activités ont cessé,
peu de temps après le décès de ma mère,
pendant une dizaine d’années.
En
1990, je redonne vie au Théâtre du Crève-Cœur, avec
ma femme Anne Vaucher, comédienne et metteur en scène.
Ayant hérité de la partie de la maison qui comprend le
théâtre, c’était pour moi un signe, une invite à
continuer.
Le
Théâtre du Crève-Cœur, étant de petite dimension
(environ 60 à 80 places), est appelé à travailler
avec des moyens matériels simples, ce qui encourage à
faire appel essentiellement au pouvoir " magique "
d’évocation et à la présence de l’acteur lui-même.
En outre, le lieu, grâce à sa situation géographique
et l’ancienneté de ses murs, favorise un caractère d’intimité
qui préside au choix de ses programmations et à un certain
esprit de convivialité et d’accueil. Il se prête particulièrement
à tout ce qui est création, à toute œuvre naissante
ou artiste naissant, dont la fragilité gagne à bénéficier
de ce plateau privilégié où l’on joue comme sur
les paumes de deux mains ouvertes et attentives.
En
guide de conclusion, je tiens à dire qu’à travers mon
théâtre – plutôt que d’y faire défiler des
manifestations sans liens entre elles – j’essaye de suivre un fil conducteur,
un fil précis de pensée, et de m’en tenir à un
certain ensemble de conceptions sur l’expression théâtrale,
comprenant d’ailleurs le fait qu’elles puissent évoluer.
Bénédict Gampert
Charte des objectifs fondamentaux du Théâtre du Crève-Cœur
Entretenir la faculté de s’intéresser
à la " différence " : tout faire
pour que ce théâtre repose sur un esprit de rencontres,
d’amitié et de tissages entre personnes différentes.
Mettre l’accent sur la " créativité "
comme un phénomène vital et un moteur indispensable et
les " créations ", c’est-à-dire sur
les démarches personnelles et les visions du monde particulières.
Ne pas se scléroser et se répéter,
maintenir un esprit de perpétuelle création comme une
donnée de base vitale et indispensable.
Etre à l’écoute aiguë
du présent, même quand ce présent est " caché "
ou " inconnu " et n’est pas forcément promu
par les médias.
Avoir le courage de l’indépendance
artistique : ne pas produire automatiquement ce qui est au goût
du jour. Rester proche des émotions plutôt que de tomber
dans des théories cérébrales et enfermantes.
Mettre l’accent sur l’humain, le spirituel
et les trajectoires personnelles et individuelles, les visions originales
et décapantes du monde.
Disons, pour
finir, ce que nous cherchons à faire apparaître au travers
des activités du Théâtre du Crève-Cœur, c’est,
d’une part, une sorte de vitalité artistique extrêmement
personnelle et indépendante, mais où une certaine fragilité
propre à la vie artistique est admise et non masquée.
D’autre part, nous essayons de rencontrer la différence :
que le voyage et l’errance entrent et sortent du théâtre,
sans oublier l’importance capitale de la qualité de l’accueil,
du public et des artistes.
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